TOUS DYSFERENTS

LA TROUPE DE THEATRE DE L'APEDA DROME

Textes joués lors de la représentation 2015

Information importante :
ces textes ont été écrits par les enfants et par l'animateur. Ils sont libres de droit. Nous serions heureux d'être informés d'une éventuelle reprise de ces textes par un autre groupe théâtre. N'hésitez pas à nous envoyer un petit mail pour nous en informer si ces textes vous plaisent et que vous souhaitez mettre en place un projet, ou même d'éventuelles photos du spectacle joué.


Précision :

il s'agit ici des textes individuels. Les enfants avaient un impromptu collectif qui introduisait leur spectacle. Le cadre était une salle de classe. L'animateur jouait le rôle d'un professeur maladroit qui ne connaît pas les troubles Dys. Durant la classe, à tour de rôle, chaque enfant ''figeait le temps'' en tapant trois coups sur son bureau, puis s'adressait au public pour dire son texte.

Certains textes sont dits à deux (différenciation par les caractères gras).

Le dernier texte est collectif.


Logan :

Je parle
Tu parles
Il parle
Des mots
Des phrases
Des idées
Les mots se bousculent
Les mots se cachent
Les mots se confondent
Des fois on ne me comprend pas
Mais moi je sais ce que je veux dire
Je parle
Tu parles
Elle parle
Mes idées sont fantastiques
Mes mots sont élastiques
Moi, je suis dysphasique


Antoine et Tom :
Le professeur parle vite
Le professeur parle fort
Les enfants n’écoutent plus
Les enfants bougent
Un enfant ce n’est pas comme un arbre
Qui ne bouge pas et respire juste au soleil
Un enfant c’est comme un oiseau
ça bouge ça vit ça fait du bruit

Pourquoi le professeur n’a pas appris
Dans son école pour les professeurs
Que les enfants sont des oiseaux ?
Et parfois ils crient un peu plus fort
Ils bougent beaucoup ils vivent plus vite
Le professeur gronde comme un volcan
Le professeur professe et ne comprend pas
Le professeur est sourd aux plaintes des enfants

 

Timothée : (en gras, il imite la grosse voix d'un adulte - son grand-père peut-être ?)
Ils soufflent, ils râlent, ils font les gros yeux.
Pénible ce gosse ! Mais quelle éducation !
Nous, à son âge, on était bien plus sages !
Elle est fichue cette génération !
C’est la faute des parents, assurément !
Et les instits ils leur apprennent quoi maintenant ?
Nous, on prenait un coup de règle, on nous tirait les oreilles
Mais on marchait droit ! On ne bougeait pas comme ça !

Oui, je suis maladroit.
C’est vrai, je bouge un peu plus que la moyenne.
J’ai du mal à rester concentré trop longtemps.
Je fais un peu de bruit des fois.
Je suis un enfant pas comme les autres.
Mais ça veut dire quoi d’abord ?
C’est quoi un enfant normal ?
Celui qui se tait tout le temps ?
Celui qui s’ennuie à longueur de temps ?
Celui qui dit oui mais ne donne jamais son avis ?
Je préfère être celui que je suis, c’est moi tout simplement.


Annaëlle et Tom :
Les autres ils croient qu’on confond juste les lettres
Le p le d et le b jouent à cache-cache et roulent dans tous les sens
Mais voyons tu ne vois pas que le p ça descend avant la boucle
Et là le d ça monte après mais le b c’est avant
ça monte, ça descend, c’est avant, c’est après, c’est certain que ça va m’aider
C’est facile pourtant ! Fais un effort !
Ils croient qu’il suffit de ne plus les confondre et c’est comme si tout allait mieux
Ah oui il est dysphasique c’est comme un dyslexique il confond les lettres c’est tout
Ah oui il est dyscalculique mais en français ou en histoire il n’y a pas de calculs ça va
Ah bon il est dyspraxique je ne sais pas ce que c’est mais en sport il suffit de courir
Je cours oui après mes photocopies que je n’ai jamais et en sport, surtout je rame !
C’est ballot, on n’a pas avirons au programme !





Thomas :
Pour celui qui ne nous comprend pas
Pour celui qui ne sait pas
Pour celui qui ne nous entend pas
Il suffit de peu
Il suffit d’un sourire
Il suffit d’un regard différent
Il suffit de redire un peu plus lentement
Il suffit de nous entendre
Il suffit de nous comprendre
De nous laisser bouger un peu
De nous laisser rire
De nous laisser dire
Et l’enfant dys sera moins mystérieux

Kenzo :
Il a douze ans et demi
Et il n’a rien fait de sa vie
Il a douze et demi
Entre dysphasie et dyspraxie
Il a douze ans et demi
Et il devrait avoir tout conquis
Les mots, les sons, les idées
L’orthographe, la grammaire, la maturité
Si à douze ans et demi, tu n’as pas gravi l’Everest de ta vie
Si à douze ans et demi, tu n’as pas encore eu ton quart d’heure de gloire
Si à douze ans et demi, tu n’as pas écrit une tragédie
Si à douze et demi, tu n’as pas encore écrit tes mémoires
Dis-toi bien qu’avec les progrès de la science,
Il te reste encore bien dix fois douze ans et demi
Pour continuer à être heureux, à vivre ton existence

 

Romain :
La dyslexie, c’est pas un continent lointain ?
Je ne suis jamais allé, mais parait que c’est pas bien.
La dyspraxie, je crois, c’est une île sous les tropiques.
Y vivent des enfants sauvages un peu atypiques.
La dysorthographie, c’est pas un appareil que te met l’orthodentiste ?
La dysgraphie, c’est bien gras, je crois que c’est soigné par un nutritionniste.
La dysphasie, c’est facile, c’est une figure géométrique avec dix faces.
Et la dyscalculie, c’est un quartier de Calcutta en Italie !
Bon, tout ça, c’est vraiment n’importe quoi !
Personne ne croit que Calcutta est en Italie !
Mais ils croient quoi finalement ceux qui ne comprennent pas ?


 

Clara :
Elle est un peu dyslexique
Elle est beaucoup dyscalculique
Elle mélange les expressions quand elle parle
Elle rougit quand elle écrit
Elle hésite quand elle conduit
Elle est maladroite quand elle fait la vaisselle
Elle sourit quand elle se trompe
Mais lui, il s’en moque
Parce que lui, qu’elle soit dys ou tout ce qu’on veut,
C’est d’elle dont il est amoureux.


Lydia et Lila :
Entre en silence, tiens-toi droit !
Quitte ta veste, sors ta trousse !
Ne crie pas, ne ris pas, ne joue pas avec ça !
Tais-toi ! Ecoute ! Arrête de rêver !
Pourquoi on n’entend pas plutôt :
Rêve ! Oui, c’est ça, rêve tant que tu veux !
Rêve tant que tu peux !
Echappe-toi, invente tes histoires,
Et viens nous les raconter,
Ou ne les raconte pas,
Garde-les pour toi si tu veux,
Là dans un coin de ta tête, comme des trésors.
Parle de ce que tu veux,
Crie si ça te fait du bien, ris avec nous,
Joue avec tes stylos, invente-toi un monde !
Installe-toi comme tu veux !
Pourquoi des chaises, des tables alignées ?
Je veux… une classe avec des fauteuils bien confortables,
Regardez l’enfant au centre de la classe, il a fermé les yeux.
Il s’est endormi, il est heureux.
S’il dort, ce n’est pas parce qu’il s’est ennuyé de l’histoire racontée.
Il dort parce que le professeur a su l’emmener dans un autre monde.
L’histoire lui a rappelé celle qu’il a entendue, enfant, avant de s’endormir,
Et paisible, heureux, en toute confiance, il a fermé les yeux.
Chut ! Ne le réveillez pas ! Laissez-lui quelques minutes de calme, de repos…


Matéo :
Ce matin, il a renversé son bol de chocolat sur la table.
Quel maladroit !
Sa maman l’a grondé.
Elle sait bien qu’il ne fait pas exprès, mais quand même…
En classe, il n’a pas bien collé les images sur sa feuille.
Il a mis beaucoup de colle sur ses mains,
Sur sa chemise,
Sur son bureau,
Et très peu de colle sur la feuille.
Quel maladroit !
A la cantine, personne ne s’est assis à côté de lui.
Alors je me suis levé et j’ai changé de place pour aller avec lui.
Alors moi je lui ai donné mon dessert.
Il est maladroit, mais c’est mon ami dyspraxique !

Lison et Mélodie :
Les enfants sont cruels parfois.
Ils se moquent, ils chahutent.
Les enfants sont méchants entre eux.
Mais si le professeur est cruel sans le savoir,
Si l’enseignant est méchant lui aussi,
Comment les enfants peuvent-ils apprendre ?
Apprendre que la différence nous rend plus fort.
Apprendre qu’il ne faut pas se moquer des autres.
Apprendre qu’il n’y a pas plus grande tristesse
Que de ne pas avoir de véritable ami.
Le professeur, avant d’apprendre à aider un enfant différent,
Avant de suivre des formations sur les troubles Dys,
Le professeur lui, il devrait apprendre tout ça aux enfants.


FINAL :
Lydia : C’est quoi l’école idéale ?
Tom : Une école sans mur ?
Annaëlle : Une école sans aucune leçon à apprendre ?
Romain : Une école sans méchanceté entre les enfants ?
Mélodie : Une école sans chaise ni bureau ?
Kenzo : Une école où on est tous égaux ?
Clara : Une école où personne ne rit quand on se trompe ?
Thomas : Une école sans professeur ?
Logan : Une école sans livre ?
Matéo : Une école sans aucune règle ?
Lila : Nous, on veut juste une école où on a un ami à retrouver,
Timothée : Une école où on est heureux d’apprendre,
Lison : Une école qui nous fait grandir,
Antoine : Une école qui nous ouvre le monde,
Lydia : Une école pleine de joie et de sourires.

TOUS : UNE ECOLE OU ON EST TOUS DYSFERENTS !